Les végétaux sont nombreux à avoir souffert des multiples épisodes caniculaires des derniers mois, certains paraissent même complètement desséchés. Faut-il s’en débarrasser ou tout tailler pour autant ? Nous avons posé la question à Frédéric Picciotto, chef de l’atelier collection à l’École Du Breuil, qui s’est penché sur plusieurs spécimens présents sur le domaine.

Attendre le printemps pour y voir clair

« Avant de décider une intervention sur un végétal, il faut d’abord constater son état en allant au-delà des apparences. Ainsi, sur un arbre, on peut enlever un peu d’écorce pour voir s’il y a de la sève. Si tel est le cas, le bois présente une apparence plus blanche. Sur un arbuste, on peut examiner les rameaux ou tige et l’éventuelle présence de bourgeons.

Cryptomeria japonica côté exposé au soleil
Cryptomeria japonica côté ombragé
Cryptomeria japonica côté ombragé
Sève apparente
Sève apparente
Spiraea
Spiraea
Examen des bourgeons sur le Spiraea
Examen des bourgeons sur le Spiraea
Un Heptacodium ayant souffert de la chaleur
Un Heptacodium ayant souffert de la chaleur
Un Heptacodium ayant souffert de la chaleur
Un Heptacodium ayant souffert de la chaleur

Avant de couper les parties mortes de l’arbre ou de l’arbuste, il faut avoir conscience que la mise en lumière (taille) précoce présente deux risques. Le premier est de faire repartir des bourgeons qui pourraient subir un nouveau coup de chaud. Le végétal aura donc dépensé le peu d’énergie qui lui reste en vain et pourrait ne pas s’en remettre. Le second risque est que du bois non aoûté (qui n’a pas terminé sa croissance annuelle le rendant dur et résistant) se retrouve exposé au froid et abîme définitivement le végétal en hiver. »

Acrotones, médiatones et basitones : des notions essentielles pour la taille

« Il est important de connaître les caractéristiques de pousse d’un végétal pour se faire une idée de son état et envisager convenablement sa taille. Est-il principalement acrotone, médiatone ou basitone ? »

  • Acrotonie : les bourgeons situés à l’extrémité des rameaux se développent davantage que ceux de la base. La croissance est donc concentrée vers le sommet de la plante. C’est le cas de nombreux arbres.
  • Médiatonie : après une croissance acrotone arrivée à son maximum, le végétal va développer des bourgeons vigoureux au milieu du rameau. La ramification est alors principalement concentrée dans cette zone intermédiaire.
  • Basitonie : les bourgeons situés à la base des rameaux sont les plus actifs. La plante émet alors de nombreuses pousses depuis sa partie inférieure, ce qui lui confère souvent un port buissonnant.

La plupart du temps, les végétaux vont cumuler deux, voire trois modes de croissance. Certains sont exclusivement acrotones ou basitones.

« Sur un arbuste médiatone, une taille trop précoce, c’est-à-dire tailler avant la reprise d’activité de l’arbuste, va laisser une plaie ouverte qui expose le végétal aux maladies et parasites.

Sur un arbuste basitone, il faut particulièrement se méfier de l’aspect extérieur du végétal après une canicule. Celui-ci peut repartir par le bas et les rameaux morts servent de protection contre le froid, c’est une stratégie de survie de la plante. Il faudra donc attendre le printemps avant de couper les plus vieilles branches et se contenter d’un arrosage modéré pour maintenir un système racinaire viable. »

Un Aronia, arbuste à la fois basitone, médiatone et acrotone
Ribes
Ribes
Hypericum
Hypericum

« Quel que soit le type de végétal, je vous conseille donc d’attendre le printemps pour y voir plus clair et ne prendre aucun risque. »

Quelques arbustes particulièrement résilients au sec

Contrairement aux équipes du jardin de l’École Du Breuil dont l’objectif est de présenter des collections de la plus grande variété possible, les particuliers peuvent rechercher des végétaux nécessitant un entretien minimal et une résilience aux épisodes de canicule. Voici une liste non exhaustive dressée par Frédéric Picciotto :

  • Tamarix
  • Sambucus
  • Cotoneaster
  • Phillyrea
  • Symphoricarpos
  • Satureja
  • Atriplex
  • Lavandula
  • Romarin

« Il faut bien garder à l’esprit qu’un végétal qui vient d’être planté nécessite obligatoirement un arrosage régulier afin de s’enraciner convenablement. »

Un Atriplex ayant parfaitement résisté aux canicules successives
Un Atriplex ayant parfaitement résisté aux canicules successives

Photos : Sarah Le Gigan

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