L’École Du Breuil enrichit son patrimoine horticole avec une collection encore rare en France : le Penstemon. Un projet scientifique et pédagogique qui a déjà franchi l’Atlantique, puisque l’American Penstemon Society a consacré, en juin 2025, un article à l’établissement parisien dans sa newsletter. Une reconnaissance inattendue pour une initiative née discrètement dans les serres de production.
Un projet né d’un inventaire… et d’une opportunité
À l’origine, rien ne prédestinait l’École à devenir un pôle de référence sur ce genre botanique nord‑américain. Benoît Poupinet, jardinier et co-responsable de la production en serre, travaille depuis plusieurs années à la multiplication de plantes vivaces et molles. En dressant l’inventaire des espèces qu’il entretient, trois familles dominent : sauges, pélargoniums et fuchsias.
Mais ces genres sont déjà largement représentés au Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS), l’organisme français qui labellise les collections d’intérêt national. Pour obtenir un agrément, il faut se distinguer. « Avec une centaine de sauges, on était loin des 300 variétés nécessaires », explique Benoît. Même constat pour les pélargoniums, déjà valorisés au Parc Floral voisin, et pour les fuchsias, très présents dans d’autres collections françaises.
Le CCVS transmet alors une liste de collections souhaitées. Parmi elles : le Penstemon. Une piste crédible, d’autant que Benoît en cultive déjà quelques exemplaires.
Le Penstemon, une vivace adaptée au climat de demain
Le Penstemon, encore peu connu du grand public, est un genre originaire d’Amérique du Nord, regroupant des espèces herbacées ou arbustives, capables de pousser dans des milieux très variés : prairies, lisières, canyons, zones rocheuses ou semi‑désertiques.
Pour Alexandre Degardin, responsable de l’atelier collection, l’intérêt est évident : « C’est une plante adaptée au sec. Dans un contexte de changement climatique, c’est une ressource précieuse pour imaginer des palettes végétales moins dépendantes de l’arrosage. »
Certaines espèces se comportent comme des vivaces de courte durée, d’autres s’installent durablement. Une diversité qui représente autant un défi horticole qu’un potentiel scientifique.
Une collaboration transatlantique décisive
Pour constituer la collection, encore fallait‑il trouver des graines. En Europe, l’offre se limite surtout à des cultivars horticoles. Benoît élargit alors ses recherches et découvre l’American Penstemon Society, une association de passionnés qui gère une banque de graines unique au monde.
Alexandre prend contact avec l’organisation. Le courant passe immédiatement. Depuis deux ans, l’École reçoit chaque année 20 variétés, le maximum autorisé. Les sachets, vendus un dollar pièce, contiennent une trentaine de graines, parfois plus, parfois moins.
Cette collaboration attire l’attention de la société américaine, qui décide de consacrer un article à l’École Du Breuil dans sa newsletter de juin 2025. Une visibilité rare pour un projet encore en construction.
Une collection en devenir, entre rigueur scientifique et contraintes horticoles
Les Penstemon ne seront pas conservés en serre, mais installés à gauche de la serre K1, dans le cadre d’un futur aménagement paysager. Une condition importante pour le CCVS, qui exige que les collections soient accessibles au public.
Mais la route vers l’agrément est longue. Chaque plante doit être identifiée, numérotée, suivie dans le temps, documentée dans un répertoire, tracée depuis le semis ou la bouture.
La culture elle‑même n’est pas sans difficultés. Certaines variétés présentent des mortalités soudaines, probablement liées à l’humidité ou au substrat. Les taux de germination varient fortement d’une espèce à l’autre. « C’est très complexe, reconnaît Benoît. On ajuste, on teste, on apprend. »
Un chantier pédagogique en 2026
L’aménagement paysager pourrait débuter dès la fin de l’année scolaire. Le projet deviendra alors un support d’apprentissage concret, mêlant horticulture, botanique, conservation et adaptation au changement climatique.
Vers une future collection labellisée ?
L’objectif reste clair : obtenir l’agrément du CCVS et faire de l’École Du Breuil un site de référence pour le Penstemon en France. Un projet de longue haleine, mais déjà soutenu par une reconnaissance internationale inattendue.
Benoît et Alexandre poursuivent leur travail, entre rigueur scientifique et passion horticole. Une aventure discrète, mais porteuse d’avenir pour l’École et pour la diversité végétale.
La collection sera visible lors de Du Breuil en fête, les 30 et 31 mai 2026






