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UNE FORMATION COTE COUR(S), COTE JARDIN
En arrivant ici, L. sait qu’il marche sur un domaine de vingt-cinq hectares de jardins. Il l’a lu avant de venir. Il sait aussi que le parc de Bagatelle, le jardin des serres d’Auteuil et le Parc Floral accompagnent ses pas à l’intérieur du Jardin botanique de la Ville de Paris. Mais ce qu’il cherche précisément, c’est une école, là où l’on apprend à concevoir, à réaliser et à entretenir un jardin. L., jeune élève fraîchement sorti de classe de troisième y entendra bientôt parler de ‘’travaux et d’aménagements paysagers’’. Et il veut comprendre ce que sont ces ‘’Arts et Techniques du paysage’’ qui semblent définir une filière si singulière.
Les candidats aux entretiens de motivation à l’entrée en classe de seconde professionnelle arrivent. Une question leur sera fatalement posée : « Qu’est-ce qui vous attire dans cette formation ? » Comme bon nombre de postulants, L. évoque le jardin de sa grand-mère comme lieu de découverte et d’initiation au végétal, à la terre, à son odeur et aux couleurs des fleurs qui éclatent l’été dans une lumière dont, forcément, l’intensité n’existe que dans nos souvenirs. Dans ce jardin, aussi petit soit-il, c’est déjà un vaste paysage qui s’organise. On y taille des haies, on y respire profondément, comme pour les manger, le parfum des fleurs, on y remue la terre qu’on touche à pleines mains en se salissant (bien sûr !), on y plante des tomates ou des pois de senteur…et le travail est loin d’être terminé car le meilleur est à venir…On regarde pousser ! Ca pousse et ça se transforme chaque jour. Pour les citadins moins chanceux, c’est le balcon qui sera un bout de jardin, un paysage en miniature certes, mais qui ouvre et prolonge l’appartement sur un espace vivant dont les dimensions imaginaires qu’on lui accorde dépassent de loin sa surface réelle.
Alors, il convient vraiment de parler de « formation initiale » pour définir les pas de L. vers la filière Aménagements paysagers. Ces jardins-souvenirs de nos grands-parents sont sans doute les bases (chères à l’école du Breuil) où s’enracinent le savoir-faire (les techniques) et l’approche sensible et mouvante (les arts) indispensables à l’épanouissement du métier de jardinier, tout en restant ouvert aux apports théoriques et pratiques nés de notre modernité. Regarder, toucher, sentir, concevoir pour créer : synergie nécessaire à L. pour tracer son chemin professionnel.
Au cours de sa formation, de la seconde au BTS, on lui apprendra à nommer les végétaux en latin, puis il devra les reconnaître sur le terrain ; il réalisera des ‘’ scènes de jardin ‘’ ou il s’initiera à la ‘’ lecture de paysage’’. Les termes parlent d’eux-mêmes : le végétal est un personnage et le jardinier devient metteur en scène ! Le paysage se lit comme un livre, en tournant les pages de son histoire, au travers de ses pleins et de ses vides, de sa lumière ou de ses ombres. Approche artistique ou technique ? Sensible ou scientifique ? Approche pluridisciplinaire sans doute où la diversité des matières enseignées à l’école du Breuil trouve sa raison d’être et son aboutissement : L. y est venu pour projeter et inscrire dans l’espace du dehors son jardin intérieur. Ou lui-même. A moins que ce ne soit la même chose : L. dans son jardin ou le jardin de L.
Au foyer de l’école, il réalisera bientôt qu’ici, c’est aussi un lieu de vie partagée où poussent et se ramifient des rencontres, ponctuées par des moments d’isolement, des doutes et des certitudes, des échecs et des réussites. Des tuteurs lui imposeront parfois une ligne de conduite pour grimper plus haut qu’il n’aurait par nature pas suivie. Mais il est élève. Et, comme tel, il apprend à s’élever…avec les autres.
Lors de sorties pédagogiques, il comprendra comment s’organise un chantier ; un voyage d’étude à l’étranger aiguisera son regard sur d’autres méthodes d’aménagement, d’autres palettes végétales, d’autres ambiances.
Sentir, toucher, regarder, concevoir pour créer : synergie qui portera peut-être L. jusqu’à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, de Lille, de Bordeaux ou de Marseille où, omniprésente, l’âme de grand-papa André Le Nôtre, jardinier du Roy, finira de guider ses pas vers de nouvelles approches paysagères. Ou peut-être voudra-t-il devenir ingénieur ?
Quoi qu’il advienne, L. aura de toute manière compris que de la formation initiale à l’école du Breuil, que ce soit du côté cour(s) ou du côté jardin, il en aura été l’acteur principal. Et, au travers de multiples interprétations, transpositions et applications des arts et des techniques qu’il se sera appropriés en les ajustant à ses propres mesures et à ses propres rêves, le jardin de grand-mère perdurera pour le plaisir de L. et pour celui des générations à venir.
Emmanuel SANTAMARIA BARONA
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